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Mooc gestion de crise – Art. de presse : le scandale volkswagen

Peut-on tirer des leçons de L’Affaire Volkswagen « à chaud » sur les défaillances d’un système à cause d’un acteur à la réputation forte ?

Un article « à chaud » de Gilles SABART, Docteur en droit public et gestionnaire de crise, dans Acteurs de l’Economie-La Tribune.

Le scandale Volkswagen est une crise mondialisée où nous avons constaté sa vitesse de propagation nourrissant des stéréotypes, liée aux défauts de la mondialisation avec un système de régulation économique défaillant (européen ? allemand ? américain ?), mais aussi constitutive d’un détournement de l’outil permettant les échanges internationaux (le respect des normes techniques). Cette crise est également dépendante du fonctionnement d’une multinationale piégée par des mensonges internes. Enfin, elle se fonde sur une infraction mondiale à l’environnement (qui ne soit ni une pollution d’hydrocarbures, de sûreté nucléaire ou une pollution chimique ou de santé).

Les conséquences de cette affaire sont donc essentiellement liées à la réputation, c’est-à-dire à la crédibilité du groupe automobile. Des conséquences qui atteignent trois niveaux : une réputation centrale : la confiance de la marque leader, la réputation d’une industrie (automobile) ce qui a été d’ailleurs l’une des défenses de Volkswagen (sic) ; et le modèle industriel qui a alimenté les rumeurs anti-système.

Rien n’est venu la protéger

Pire, alors que la marque s’appuie sur la confiance et la réputation, aucune action n’est venue pour la protéger. Certes, des tentatives de contrôle de la crise ont été mises en œuvre par la mise en exergue des emplois en cause en Allemagne et en Italie ou encore le mea culpa du patron du conseil de surveillance. Mais aucune action visant à dire : comment faire en sorte pour que cela ne se reproduise pas ?

La question est d’ailleurs très complexe, car elle dépasse Volkswagen : elle est une affaire de gouvernance d’une multinationale, mais pas seulement, elle est aussi une affaire de droit (dans l’articulation des normes techniques avec le cadre de régulation).

En bref, l’analyse du cas Volkswagen est révélatrice du mode de fonctionnement de la mondialisation aussi bien au niveau de la gouvernance des entreprises que celui de la régulation exercée par les États.

Sur le fonctionnement de la multinationale : une gouvernance aveugle ?

Cet événement interpelle les règles de la gouvernance, car il met en relief le rôle du mensonge. On peut d’ailleurs s’interroger sur son rôle dans tout système : il est quasi naturel, et il est d’autant plus naturel dans un lieu de pouvoir, car la centralisation aboutit au système de « la tour d’ivoire », sans qu’aucun système d’informations (formel/informel ?) ne permette de le réguler.

Ceci pose deux autres interrogations : celle des contre-pouvoirs dans une entreprise multinationale, et celle de la manière dont est construite la prise de décision. On a souvent tendance à dire qu’il faut aller vite, gagner en réactivité et en flexibilité, mais à condition d’avoir les bonnes informations et les bons outils pour agir. Et c’est là que pourrait entrer la notion de contre-pouvoirs…

Sur la régulation : les États dépassés ?

Certes, la multinationale a sa part de responsabilité, mais quelle est la part des autorités de régulation ? Nous savons que l’économie a besoin de régulation pour éviter les comportements fautifs (d’où un interventionnisme avec notamment la police) et pour assurer les conditions de sa propre existence.

Les autorités ont surtout agi sur les comportements anti-concurrence (entente et concentration), mais en oubliant d’agir sur le respect des spécifications des produits, de ce qui fait que l’on ne peut plus discriminer une catégorie (rapport qualité/prix) d’une autre (cf. Rapport Gallois de 2012 ou les écrits de Jean Tirole).

Ceci fait d’ailleurs les beaux jours des produits low cost. Par ailleurs, cette régulation est défaillante à plusieurs niveaux : normes techniques et autorités de contrôle de l’État allemand, de l’Europe, mondial. Cela veut-il dire que la crise Volkswagen est la démonstration de la faillite de la mondialisation ? Non, mais elle doit se poser les bonnes questions : quelle est la gouvernance pour les entreprises et quelle est la régulation par les États pour que l’économie puisse fonctionner efficacement ?

http://acteursdeleconomie.latribune.fr/debats/opinion/2015-10-06/scandale-volkswagen-la-mondialisation-defaillante.html

Art. de presse : innovation et formation dans Acteurs de l’Economie-La Tribune (2017)

Innovation et formation : un duo à réinventer ?

La question de la formation est dans ses buts clivante. Alors que certains considèrent que la formation doit être orientée de manière directe et entière vers un emploi identifié, d’autres soutiennent que former permet de donner des cartes pour s’adapter aux enjeux des emplois présents ou futurs. La vérité est certainement entre les deux. Il faut toutefois se poser la question de la formation et de son apport à l’innovation par deux aspects :

– dans nos pays occidentaux, l’innovation est l’outil qui nous permet de faire la différence dans la mondialisation. Elle est surtout fondée sur ces sciences de l’ingénieur et nos écoles sont dans les meilleures mondiales. En effet, quand on parle d’innovation, on pense très souvent à l’innovation par l’apport des sciences dîtes « dures » : chimie, physique, mathématiques, génie civil, mécanique, informatique…

– Le second aspect de l’innovation serait le modèle Silicon Valley, cette alchimie entre écoles, start-up et territoires organisé en filières comme le sont les pôles de compétitivité français. En effet, l’innovation pour fonctionner a besoin de fertilisation croisée avec toutes les ressources du territoire.

De ces deux aspects, la question de fond qui se pose est la suivante : quid dans nos processus d’innovation, dans nos formations des autres matières, des sciences dîtes molles : droit, psychologie, anthropologie, sociologie, sciences politiques. Les enjeux sont pourtant énormes. En amont, elles sont le moteur qui permet d’agréger les initiatives, de les mobiliser, de faire travailler ensemble des profils différents. En aval, elles procurent de l’efficacité : peut-on aujourd’hui affirmer que l’on ne tient pas compte des impacts d’une usine chimique, et de ses effets sur l’acceptabilité de la population ? Peut-on dire aujourd’hui que le sentiment d’insécurité a disparu dans des tas de domaines, cette perception doit-elle rester dans un champ de l’irrationnel, n’existe-t-il pas des outils pour la combattre ? Peut-on dire aujourd’hui que la surinformation du WEB ne changerait pas nos modes de consommation ? Le modèle Apple n’est pas technologique (il n’a pas de supériorité sur ses concurrents), il est psychologique : procurer un bien dont le service est d’interfacer la technologie avec la psychologie du consommateur, de lui rendre la technologie plus facile et utile. Il est même anthropologique : procurer un bien qui permette au consommateur d’atteindre ses différents univers, de les nourrir dans sa vie mobile. Il est sociologique : permettre de constituer des modes de fonctionnement de groupe. Il est juridique : le droit à l’image, à sa vie privée se pose fortement.

En bref, former participe à la création d’une culture de l’innovation, une capacité à donner aux entreprises, aux institutions des outils de progrès économiques ou sociaux mais à condition que innovation et formation soient en mode ouvert sur leur environnement extérieur et qu’elles organisent la relation entre sciences dures et dîtes molles. N’est-ce pas le meilleur moyen de se procurer un avantage concurrentiel ?